Rav Oury Cherki

Le retour

Paracha Vayichla'h, Kislev 5766



Les actions de nos peres sont l’archetype du comportement de leurs descendants. Ce principe, enonce par Nachmanide (commentaire de Berechit 12,6), se verifie particulierement dans notre paracha, Vayichla’h, qui traite du retour de Jacob en Erets-Israel, a la tete de l’embryon de la nation d’Israel. Le peuple d’Israel est directement concerne par ce recit, car son histoire est pour l’essentiel celle de l’exil et du retour.

Ce qui attire l’attention est d’abord le fait que Jacob, qui est en route de Padan-Aram vers Hebron, juge necessaire d’informer son frere ennemi Esau, qui reside loin de son trajet, de son retour. C’est qu’en fait Esau represente le detenteur du pouvoir politique pendant l’exil d’Israel. Le retour d’Israel implique la reinsertion dans le concert du jeu politique qui regit les rapports entres les entites nationales. La convenance exige de demander l’accord des puissances politiques pour rejoindre la vie etatique. De meme, il a fallu l’accord du Pharaon pour sortir d’Egypte, celui de Cyrus de Perse pour quitter Babylone, puis celui de la Societe des Nations et de l’ONU pour fonder l’Etat d’Israel.

L’accord d’Esau est acquis lorsqu’il prends Jacob en pitie (Rachi sur 33,4), lorsqu’il le trouve boiteux apres l’epreuve de son combat nocturne avec un ange mysterieux. D’apres Nachmanide (32,26) ce combat prefigure les pires epreuves de l’exil. Aujourd’hui nous sommes bien fixes sur ce point: les nations ont accepte le droit d’Israel a son Etat apres l’epreuve de la Choa.

A ce moment du recit, Jacob cesse de craindre plus de tuer que d’etre tue (Rachi sur 32,8), et change son nom exilique en celui d’Israel, le lutteur, approprie a sa condition nouvelle de fondateur d’etat.

On peut etre donc etonne de ce que juste apres cette rencontre reussie, le patriarche reprends son nom de Jacob lorsqu’il arrive a Chkhem. C’est probablement parceque contrairement a sa relation avec Esau, ou Jacob ressent sa superiorite morale face a celui qui a tente de l’eliminer, il se juge dans le devoir d’acquerir sa legitimite par rapport a la population cananeenne installee en Erets-Israel avant son retour. La mise au point est douloureuse. Apres le viol de Dinah, la fille de Jacob, par le prince local Chkhem, Jacob hesite a entreprendre des represailles, et semble meme envisager le reglement du probleme en acceptant le mariage de Dinah avec le criminel! Ce n’est que l’indignation de ses fils Chimone et Levi qui finalement amenera l’application de la justice contre Chkhem et ses complices de la ville du meme nom. L’essence de la controverse entre Jacob et ses fils se resume dans ce probleme: les hebreux ont-ils le droit d’agir comme une nation face aux agressions de leurs voisins, sont-ils deja Israel le politique a part entiere, ou encore Jacob l’exilique? C’est ce qu’exprime le verset: "c’est une injure faite a Israel de violer la fille de Jacob" (34,7). Le debat est finalement tranche par la Providence, qui impose la terreur sur les populations environantes, donnant ainsi raison a Chimone et Levi contre les craintes de Jacob: "ils voyagerent. La terreur divine fut sur les villes environantes, ils n’attaquerent pas les fils de Jacob" (35,5).

Cependant le Retour n’est vraiment paracheve que lorsqu’un enfant va naitre dans la famille en Erets-Israel. Benjamin, le "sabra" , complete le compte des douze tribus (35,22) et assure l’avenir d’Israel sur sa terre enfin retrouvee.

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