Rav Oury Cherki

Le rival

Paracha Balak, Tammuz 5765



Balaam, le heros de notre paracha, n’est pas un personnage mineur. "Il ne s’est pas leve en Israel de prophete comparable a Moise" (Devarim 34,10): en Israel il ne s’en est pas leve, mais il s’en leve parmis les nations, et c’etait Balaam." (Sifri) . C’est la un temoignage eclatant du serieux du monotheisme integral de la traditon hebraique: le Createur est le Dieu de toute sa creature et se revele a tous ses enfants. La revelation doit etre universelle (Rachi Bamidbar 22,5). Mais c’est precisement la qu’apparait la divergence entre Israel et les nations dans l’apprehension du divin. Pour Israel, la relation de l’homme au Createur (bein adam lamakom) met en evidence la specificite de chaque etre: "la conscience (modeh) que j’ai d’etre devant Toi, me donne mon Moi (ani lefanekha)", proclame la priere juive du matin. Il en est de meme de la specificite nationale, qui pour remplir sa mission universelle doit se separer tout d’abord des autres nations: "un peuple qui reside a part, qui n’est pas dans le compte des nations"(23,9). Chaque creature, desiree dans son individualite par le Createur, est unique et irreductible a toute uniformite. A l’oppose de cette conception, Balaam represente l’idee que puisque devant Dieu tout est egal, il faut uniformiser l’humanite, deligitimer toute pretention a une mission specifique, et donc empecher Israel d’exister: "il est appele Balaam parce qu’il voulait engloutir le peuple (Bala’ ‘am) et parce qu’il voulait liquider le peuple (Bila ‘am)" (Sanhedrin 105a) Le Talmud (op. cit.) le considere meme comme le descendant de Laban, qui voulut deraciner la pousse d’Israel des son origine (Haggada chel Pessah). Cette idee que le Divin implique l’engloutissement de la creature, qui n’est pas sans rappeler le mythe de Kronos devorant ses enfants, etablit une incompatibilite entre l’existence humaine et l’Absolu, qui ne peut aboutir qu’au desespoir: "il se savait deprecie aux yeux du Saint-beni-soit-il et voue a la perdition" (Rachi 24,13). "Ceux qui ont un regard malveillant sont les eleves de Balaam" (Avot 5,19). Le raprochement est tentant avec la pensee de Nietschze, impregne d’admiration pour le peuple juif qu’il reconnait comme le depositaire de la conception claire de l’idee de Dieu, alors qu’ il ne peut se reconnaitre pour lui-meme que dans l’atheisme. La vocation morale d’Israel est au contraire de donner la vie: "ton nom sera Abraham car Je t’ai institue Pere d"une multitude de nations" (Berechit 17,5). "Ceux qui ont un regard bienveillant sont les eleves d’Abraham" (Avot 5,19 et Derekh hayim).

Contraint de benir Israel, Balaam annonce en fin de compte la derniere confrontation de l’histoire: "Il prononca son oracle et dit: Malheur! Qui pourra vivre lors de l’accomplissement de ceci (missoumo el) (24,23). La tradition orale (Pirkei de Rabbi Eliezer 30) jouant sur les mots, decele la une confrontation entre deux formes de monotheisme: "Dieu a lie son Nom a Israel et a Ichmael (chemo El), qui tiendra lorsqu’Ichmael attaquera Israel?". Le dernier enjeu d’Israel consiste donc a confronter un monotheisme authentique qui inclut toutes les valeurs dans la connaissance de Dieu, a une proclamation totalitaire de l’unite du Createur, qui ne connait que la soumission annihilatrice de l’Autre comme apprehension de Dieu. Il y aurait la une infiltration du regard de Balaam au sein du culte monotheiste, qui emerge de nos jours a travers le conflit actuel, ou Israel, attaque sur son droit a sa terre, et somme de renoncer a ses valeurs, lutte pour acceder a la lumiere.

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