Rav Oury Cherki

Le saut

Paracha Bechala'h, Chevat 5766



La situation était grave. Les enfants d’Israël venaient tout juste d’apprendre ce qu’est la liberté. Inexpérimentés encore, la fascination que pouvait exercer sur eux Pharaon leur ancien maître, était grande. Or, voila qu’au moment d’acquérir leur totale indépendance politique, ils sont poursuivis par leur ancien dominateur qui se donne pour le détenteur de la légalité, chef de la grande puissance de l’époque, qui prétend ramener les choses "en ordre", ce qui veut dire rétablire l’esclavage des hébreux. Le texte de la Thora insiste sur la terreur qu’imposaient les chevaux de l’armée égyptienne aux nouveaux affranchis. La violence la plus grande est en effet celle qui est appliquée par l’animal sur les hommes, lorsque que la brutalité l’emporte sur l’intelligence, empêchant tout dialogue de réconciliation éventuelle entre l’assaillant et sa victime.

Cependant, les hébreux ne réagissaient pas tous de la même manière. Il y a tout d’abord ceux que la Thora désigne par le terme "le peuple" ha’am, qu’il faut "renvoyer" (Chemot 13,17), susceptibles aussi de rebrousser chemin a la première difficulté militaire. Mais il y a aussi ceux qui méritent le nom de Bne Yisrael, c’est-a-dire ceux pour qui la sortie d’Egypte avait pour but de réaliser le projet ancestral du retour a la terre de Canaan. Ils ne craignaient pas le combat: "les enfants d’Israël sortirent en armes d’Egypte" (13,18). Pourtant ce sont eux qui furent pris de frayeur en voyant les Egyptiens: "Pharaon s’approcha, les enfants d’Israël levèrent les yeux et virent que l’Egypte les poursuivait, ils eurent très peur, les enfants d’Israël crièrent vers l’Eternel" (14,17). D’après le Midrache, la raison de cette peur était que l’enjeu était d’ordre moral et non militaire. Il s’agissait en effet de déterminer qui, d’Israël ou de l’Egypte, était plus méritant pour subsister dans l’histoire.

Le Talmud (Yer. Taanit 2,5) présente les quatre réactions de nos ancêtres au bord de la mer . Certains voulurent se jeter à la mer pour mourir, menant une politique de désespoir. D’autres pensèrent revenir en Egypte, renonçant au projet du retour. Il y eut aussi ceux qui se préparèrent au combat, et enfin, ceux qui prièrent. Les quatre groupes ont été rejetes: "A ceux qui voulaient tomber a la mer, Moise dit: Retenez-vous, voyez la délivrance de Dieu. A ceux qui voulaient rentrer en Egypte il dit: Vous ne reverez plus jamais l’Egypte. A ceux qui voulaient guerroyer il dit: Dieu guerroiera pour vous, et a ceux qui voulaient prier: et vous, taisez-vous". C’est qu’aucune de ces réactions, toutes prévisibles face au danger, ne donnent un surplus de mérite a Israël.

C’est finalement un tout petit groupe qui fit pencher la balance de l’histoire. Il s’agit, selon l’opinion la plus répandue (Sota 37a, de Na’hchon fils d’Aminadav, qui sauta dans la mer pour l’ouvrir. Ce geste de détermination était un acte de foi qui prouvait que le peuple Hébreu avait passe une phase importante de l’évolution de son identité: la capacité de prendre en main son propre sort.

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