Rav Oury Cherki

La discorde

Paracha Kora'h, Sivan 5766



Réussir à remettre en question l’autorité n’est pas une tache aisée. Surtout si la personne contre laquelle on se révolte est une autorité morale de premier plan. Notre paracha, Kora’h, offre un exemple parfait de la méthode employée par un des plus grands semeurs de discorde de l’histoire, Kora’h, le cousin de Moïse, pour réussir à déstabiliser l’unité de la nation hébraïque. D’après l’enseignement du rav de Volozhine, le Natsiv, la discorde ne peut réussir que si trois types de personne réunissent leurs efforts. Les trois types sont représentés dans notre texte par Kora’h, Datan et Abiram, et les deux cent cinquante encenseurs. Kora’h est le type même de l’homme de valeur, même doué d’inspiration prophétique, qui cependant rongé par la jalousie, développe toute une idéologie pour justifier sa position. Comme il est au-dessous de sa dignité de s’adresser au peuple directement pour affirmer en public sa soif de pouvoir, il ne peut pas tout seul ouvrir le conflit. Par contre Datan et Abiram sont des petits hommes d’actions, des politiciens de bas étage, mus exclusivement par de basses motivations. Eux non plus ne peuvent acquérir le soutien de la masse, car ils sont connus pour leur petitesse. Il reste les 250 encenseurs, qui sont poussés par une soif mystique et sincère de se présenter devant l’Eternel, et qui voudraient bien accomplir eux-mêmes les rites réservés aux cohanim, mais que leur piété empêche d’affronter directement Moise et Aharon.

La stratégie de Kora’h consistera à conjuguer les trois frustrations. Il va soutenir les exigences mystiques d’une masse naïve, celle des 250 hommes, en employant les dons politiques de Datan et Abiram, auxquels il accorde pour son appui moral.

Il ressort donc que la discorde est fondée sur trois éléments: une personnalité de haut rang, entourée de politiciens hargneux, et une masse naïve sensible a la démagogie.

Chaque catégorie de querelleur est en fin de compte jugée en fonction de ses motivations. Les 250 hommes sont emportés par le feu, produit de leur propre élan mystique. Cette fin est relativement "noble" et exprime une certaine estime pour leur pureté d’intention. Leurs encensoirs sont fondus et plaqués sur l’autel. Datan et Abiram sont engloutis par le gouffre, signe de leur bassesse. Quant à Kora’h, le texte est ambigu, ce qui suscite des opinions divergentes chez nos maîtres. Certains affirment qu’il fut à la fois brûlé et englouti, d’autres affirment qu’il fut emporte par l’épidémie. Cette ambiguïté est le signe de la double nature du personnage, noble et bas en même temps.

Une discrète allusion est faite par le texte à celui qui sait "sortir son épingle du jeu", On-ben-Pélet, qui grâce à sa femme découvre la futilité de la recherche d’avancement à travers les rivalités politiques.

L’épisode de Kora’h attire l’attention sur un phénomène permanent de l’identité hébraïque: la querelle. On pourrait être surpris de la permanence et de l’étendue du phénomène dans une nation pour qui l’unité est la valeur suprême. Le Maharal de Prague (Netsa’h Israël chap. 2) explique que toute valeur est portée par l’identité humaine à laquelle elle manque. C’est donc précisément parce que les Hébreux ont une tendance naturelle à la division et qu’ils connaissent ses effets nocifs, qu’ils connaissent la valeur idéale de l’unité.

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