Rav Oury Cherki

L'origine d'Israël

Transcription de la leçon (pas encore vérifié par le Rav). Publié sur le site du Centre Noachide Mondial



Le peuple d'Israël n'est pas présent sur terre depuis la création du monde. Pourquoi la nation hébraïque est-elle apparue à un moment de l'histoire et pourquoi n'était-elle jusqu'alors pas nécessaire? La réponse à ces questions permettra de mieux comprendre le rôle d'Israël dans l'histoire.



Première tentative - diversité

Le livre de la Genèse conte, dans un premier temps, l'histoire de l'homme en tant qu'homme, אדם הראדון (Adam Harishone, le Premier Homme) qui, après sa chute, donne naissance à plusieurs lignées humaines. Lignée après lignée, chacun tente de mener l'humanité à sa finalité. Or, cette tentative de l'histoire se solde par un échec, le déluge.



Seconde tentative – uniformité

S'ensuit un événement, qui pourrait n'être qu'une parabole, la tour de Babel. La tour de Babel débute au sein d'une humanité entièrement cosmopolite: "Toute la terre ne parlait que le même langage, tous les hommes ne parlaient que des mêmes choses" (Genèse XI, 1). C'est la tentation, à un moment de l'histoire, de créer une humanité uniforme. La raison profonde de cette volonté était que c'est la division qui avait provoqué les conflits et les guerres entre les hommes, et avait causé le déluge. La décadence morale entraînée par la violence entre les hommes avait amené l'effacement presque total de l'humanité antique. C'est ainsi que, selon la tradition orale, la préoccupation fondamentale des constructeurs de la tour de Babel était la constitution d'une humanité unie dans laquelle il n'y aurait plus de différences, dans l'espoir que l'uniformité mette fin à la violence. Voila la réelle intention de l'architecte de la tour, Nimrod, ni plus ni moins roi de Babylone. Or, ce désir d'uniformité s'est révélé extrêmement nocif. Car si toute l'humanité est uniforme, personne n'est indispensable. La valeur de la vie humaine, au sens propre comme au figuré, disparaît. Un Midrash - une tradition orale - raconte que, lors de la construction de la tour, personne ne prenait garde lorsqu'un homme en plein travail tombait de la tour et mourait. Mais lorsqu'il s'agissait d'une brique, tous s'asseyaient au sol et se lamentaient: "quand est-ce qu'une autre brique viendra remplacer celle tombée?". Le projet Humain avait remplacé les hommes. C'est la raison pour laquelle l'uniformité est disqualifiée par la Providence, et Dieu intervient dans l'histoire de la tour pour justement séparer les hommes. Créer une diversité afin de préserver la richesse des identités humaines.



Troisième tentative - unité

A nouveau, dans cette diversité renaît le danger de la violence humaine. Il a donc fallu, pour cela, libérer l'humanité de cet engrenage qui la plaçait d'un côté dans une uniformité toute laminifiante et, de l'autre, dans une diversité entraînant la violence.

Intervient alors l'unité (אחדות, Ah'doute), à mi-chemin entre l'uniformité et la diversité, personnifiée par Abraham, dont le nom apparaît dans la Genèse sur arrière plan de la tour de Babel. En effet, Abraham ne crée pas une nation différente des autres nations. Il crée, en plus des 70 nations représentant la diversité de l'identité humaine, une 71e nation qui n'aura pas de caractère propre. Cette nation n'aura pour seule finalité que d'être un lieu de rencontre pour l'ensemble des peuples de l'humanité.

Une parole de Dieu à Abraham est habituellement mal traduite (y compris chez les juifs): ונברכו בך כל משפחות האדמה, "par toi seront bénies toutes les nations de la terre" (Genèse XII, 3). Si la traduction est légitime, une lecture plus attentive permet de constater qu'il serait plus opportun de traduire "toutes les nations de la terre seront greffées sur toi". En effet, ונברכו, venivreh'ou, est l'opération du marcottage connue des viticulteurs, opération consistant en l'unification de plusieurs vignes afin de donner naissance à de nouveaux cèpes. Le peuple d'Israël a ainsi pour vocation de réaliser l'unité de l'humanité, de sorte que chaque nation, civilisation et société gardent leur spécificité, leur caractère propre, tout en instaurant un foyer autour duquel tous peuvent se réunir.



Restituer l'identité humaine originelle grâce à l'État d'Israël

Israël se propose d'avoir la vocation de ce foyer, telle une nation incolore dans laquelle les couleurs des 70 nations viendraient se mélanger. Il n'est ainsi pas un hasard si le noyau fondamental du peuple d'Israël descendant en Égypte était également formé de 70 âmes, en relation directe avec les 70 nations de l'humanité. De nos jours également, les 70 manières d'être hébreu sont réunies en Israël, que l'on provienne de France, d'Éthiopie ou des États-Unis. Ainsi, l'État d'Israël n'est pas seulement le lieu de rassemblement des exilés hébraïques, c'est celui du rassemblement des exils de toute la terre. Ainsi, si l'on considère que toutes les nations de la terre sont en exil de l'identité humaine d'origine, du cosmopolitisme originel, il y a également une manière de restituer l'identité du premier homme, "l'identité Adamique", à travers Eretz Israël. C'est le rôle du peuple juif dans l'humanité qui, aujourd'hui, commence à s'accomplir.



Trois patriarches pour réaliser l'unité

Une particularité du peuple d'Israël est d'avoir trois patriarches. Il était nécessaire que l'on soit à la fois les fils d'Abraham, Isaac et Jacob, car s'il n'y avait eu qu'Abraham pour ancêtre d'Israël, le judaïsme aurait été une religion entièrement concentrée sur l'amour, telle une autre religion de prétention monothéiste ayant choisi l'amour comme valeur exclusive que nous connaissons. S'il n'y avait eu qu'Isaac, le judaïsme aurait été une religion centrée sur la rigueur, la justice, telle qu'il en existe également de nos jours. De même, s'il n'y avait eu que Jacob, le judaïsme aurait ressemblé à cette forme de judaïsme exilique ainsi que nous le connaissons trop bien, prônant la dispersion parmi les nations et ignorant le projet national.

Pour réaliser véritablement l'unité des valeurs, trois patriarches sont nécessaires, Abraham, Isaac et Jacob, qui soient à l'origine de la triple identité d'Israël qui va permettre la réalisation de l'unité des valeurs et ainsi, à travers l'histoire, réussir l'histoire toute entière.

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