Rav Oury Cherki

Vaera/Bo - Les dix plaies – symbole de l’élection d’Israël

Une lettre aux Noahides

Publié sur le site du Centre Noachide Mondial.



L'argument de Pharaon "quel est ce Dieu dont je dois écouter la Parole?" (Ex. 5,2) - mis à part son ton blasphématoire - est entièrement justifié, si l'on considère sa position de haute responsabilité hors du commun. Pharaon est à la tête de la culture la plus développée de l'antiquité, celle qui décide de l'orientation de l'Histoire dans son intégralité. Or Moïse exige de lui qu'il accepte de renoncer au fondement de l'économie égyptienne, ses esclaves, ce qui entraînerait son effondrement à la fois économique et politique. Et tout cela pour la simple raison que Moïse parle au nom d'un Dieu inconnu. La logique aurait voulu que Pharaon l'ignore.

Or la réaction de Pharaon est: j'accepte vos exigences si vous me prouvez leur bien-fondé. Pour ce faire, Dieu doit se révéler à Pharaon. Cette révélation se fait par l'entremise des dix plaies, dont l'objectif dévoilé est "les égyptiens apprendront que Je suis l'Éternel" (id. 14,4) - la révélation est adressée aux égyptiens, non aux hébreux.

Les plaies mettent en évidence la particularité du peuple d'Israël en opposition à l'Egypte, dans le but de justifier sa mise à l'écart de l'histoire de l'humanité. Le sang qui frappe le Nil, première force de la nature et fondement de l'Egypte, sans affecter le peuple d'Israël, met en évidence la capacité d'Israël à s'élever au-delà des obstacles la nature, héritage de son patriarche Abraham qui "traversa le fleuve". La plaie des grenouilles est fondée sur le dévouement: la capacité à entrer dans les fours pour réaliser la volonté divine n'est pas sans rappeler la longue tradition du peuple juif, toujours prêt au sacrifice, tel que le lui a transmis Isaac. Quant à la plaie de la vermine, symbolisant la force divine du fait que les démons ne peuvent dominer un corps de taille inférieure à un grain d'orge (Rachi), provient de Jacob, surnommé lui-même "Dieu" par le Saint béni soit-Il. Ces trois plaies mettent ainsi en évidence la particularité du peuple d'Israël par la force de ses trois patriarches.

Cependant, malgré sa particularité innée, il se pouvait que le peuple d'Israël ait décidé de s'intégrer à la culture Egyptienne lorsqu'il y descendit du temps de Joseph. La réponse à cela est que le peuple hébreu s'installa précisément en province de Gochen pour continuer à subsister détaché de la société égyptienne. L'épreuve est celle des bêtes féroces, qui vit la province de Gochen être distinguée, là "où réside Mon peuple, en ce qu'il n'y paraîtra point de bêtes féroces" (id. 8,18), verset pouvant également être traduit: "où réside Mon peuple afin de ne pas se mélanger".

Toutefois, il peut toujours être argumenté que les enfants d'Israël font partie du genre humain, et pour cette raison ils ne peuvent s'écarter de son Histoire. Les plaies de la peste, de l'ulcère et de la grêle, qui frappent les égyptiens et non Israël, proviennent de la régression morale de l'humanité dans les trois fautes principales de la tradition juive. Le meurtre, faute première de la génération du déluge, est rappelé par la peste, traduite en araméen "mota" - mort. L'idolâtrie, faute de la tour de Babel, est symbolisée par le lancement de suie de fournaise vers le ciel. Enfin, les mauvaises mœurs de Sodome, dont la ville a été jugée par le feu et l'eau tout comme lors de la plaie de la grêle où le feu "tourbillonnait au milieu de la grêle" (id. 9,24). C'est ainsi que les plaies 5 à 7 mettent en évidence la différence morale entre Israël et l'Egypte.

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