Rav Oury Cherki

Bamidbar - Individuel et Collectif

Publié sur le site du Centre Noachide Mondial



Le Rav Tsvi Yéhouda Kook désignait le livre des Nombres comme "livre du chemin". Pourquoi?

A la différence des livres de la Genèse, de l'Exode et du Lévitique, qui mettent en évidence l'ordre régnant dans le monde, depuis la création jusqu'à la présence Divine dans le tabernacle et le service du peuple d'Israël en son sein, en passant par l'apparition de l'humanité et d'Israël, le livre des Nombres est une entité à part. Jusqu'à lui, l'on aurait pu penser que la Thora n'a été donnée qu'à l'homme ordonné, dont le monde est stable et les secousses rares. Le livre des Nombres nous confronte à des situations de crise et de remises en question qui sont typiques de la vie dans le désert – d'une vie en mouvement. Cette situation tend à décomposer la société en ses diverses composantes et amène chaque groupe à tirer dans sa direction.

Le côté négatif d'une telle décomposition possède néanmoins un avantage: le désert permet de clarifier, dans des conditions de quasi laboratoire, le rôle de chaque élément du peuple d'Israël et lui donner la place qui lui est appropriée. La stratégie employée pour aborder le manque d'ordre est le décompte du peuple en vue de son départ. Le décompte initial nous rappelle tout au long du séjour qu'au commencement il y avait un ordre primordial qui, bien que mis en branle pendant le voyage par les obstacles de la vie, finira par être retrouvé lors de la section hebdomadaire de Pin'has, au moment du décompte de la sortie du désert.

Cette idée est l'expression d'un principe fondamental de la Thora quant à la manière d'établir un décompte. Le recensement d'un groupe de personne a un côté problématique, car le décompte est par essence impersonnel – il ne prend pas en compte l'identité des individus. C'est caractéristique notamment des régimes totalitaires qui négligent la valeur individuelle. Pourquoi alors ne pas recenser le nom de chaque individu? Le problème est que cela affecterait l'unité générale. Pour cette raison, la Thora a ordonné d'effectuer le recensement du "nombre de noms" des Enfants d'Israël. Car d'une part le nombre est collectif et met en évidence l'unité des individus, d'autre part les noms valorisent la particularité de chaque individu. C'est également le principe de l'une des méthodes d'exégèse de la Thora: "le collectif qui a besoin de l'individu et l'individu qui a besoin du collectif". Ce n'est que comme cela que l'on est préparé à affronter les obstacles.

Tout au long du désert, la tribu qui tient le premier rôle au sein du peuple d'Israël est la tribu de Lévi. Cette tribu, qui est positionnée au centre du campement, est préparée aux situations de crises et de remises en question. Elle a la capacité de se lier à tout le peuple du fait qu'elle n'a pas d'attache. Elle n'est ni prêtre – aristocrate, ni populaire – attachée à son territoire. Elle est une figure intermédiaire qui parle à tout le monde et peut lier tout le monde. Cependant, une fois en Terre d'Israël, la tribu de Lévi – tribu du mouvement, n'a plus ce rôle central. Son rôle est repris par la tribu de Benjamin, située géographiquement au cœur des tribus. C'est elle qui, étant originaire du seul fils de Jacob né en Terre d'Israël, a la capacité d'enseigner la Thora de la Terre d'Israël.

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