Rav Oury Cherki

Ki Tissa – Le fossé séparant l’idéal de la réalité

Publié sur le site du Centre Noachide Mondial.



Pourquoi Moïse tarde-t-il à descendre (Ex. 32, 1)? Il est vrai qu’il y a une raison topographique: descendre de la montagne prend du temps. Mais pourquoi Moïse n’a-t-il pas reçu les tables en bas, afin d’être immédiatement avec le peuple ?

L’écart entre l’idéal et la réalité entraine la faute

La raison est qu’un fossé sépare l’idéal de la réalité, exprimé matériellement par la distance du sommet au pied de la montagne. Si Moïse ne reçoit pas les tables en bas, c’est parce que son niveau est supérieur à celui du peuple. L’écart entre l’idéal et la réalité crée une situation où une lumière intense essaie de pénétrer un réceptacle qui ne peut la contenir, une sorte de seconde "brisure des vases" (dans la Kabbale: Chevirat Hakélim).

Similairement, l’an 1840 (5600) fut marqué par une forte agitation à Jérusalem après qu’il ait été lu dans le Zohar que les sources de la sagesse s’ouvriraient alors dans le monde et que le peuple d’Israël serait délivré. Voyant, de leur vision limitée, que cela ne se réalisait pas, d’aucuns désespérèrent de la délivrance et renièrent leur foi. Or aujourd’hui, avec du recul historique, il nous est évident que le processus avait alors bien débuté.

Ce modèle est constant. Lorsque débute quelque chose, survient la volonté d’arriver immédiatement à la conclusion, et le retard entraine le désespoir. Il en résulte une réaction opposée au processus, dans notre cas, la faute du veau d’or.

Le message de la faute du veau d’or

Selon nos sages dans le Talmud de Jérusalem, la faute du veau d’or s’est déroulée au moment précis où les tables étaient transmises à Moïse. Dieu tenta alors de les reprendre mais Moïse eut le dessus. La raison est que l’essence même de la Thora est d’être transmise au peuple d’Israël. La parole n’a pas de sens s’il n’y a pas d’auditeur. C’est pour cette raison que Moïse eut le dessus, car si les tables avaient été reprises elles auraient perdu leur sens.

Le message de la faute du veau d’or est que l’on ne peut revenir sur l’élection du peuple d’Israël comme récepteur de la Thora, qu’importe l’ampleur de sa faute.

La faute était inévitable

Le Maharal de Prague explique pourquoi c’est précisément au moment de recevoir les tables qu’a été entrainée la faute – due à la lute incessante entre la nature et le transcendant. La nature tend vers l’uniformité alors que le transcendant est une exception. L’uniforme et l’exceptionnel sont en combat perpétuel. L’uniforme ne peut supporter l’exceptionnel. La rencontre entre Moïse et Dieu et la réception de la Thora est un événement exceptionnel en tous points, et la nature se révolte contre cela par tous les moyens.

Déjà avant la faute du veau d’or, Dieu informe Moïse que le peuple d’Israël sera guidé par un ange. Rachi explique que Dieu a alors prévenu Moïse que le peuple fauterait et que pour cette raison Il enverrait un ange pour guider le peuple au lieu de les guider directement. Selon cette explication, il ressort que la faute du veau d’or est partie intégrante du don de la Thora, car lors d’une telle ascension, le faux-pas immédiat est prévisible.

Eternité de l’élection d’Israël

Moïse tarde à descendre car l’état idéal qui était le sien ne pouvait correspondre entièrement au niveau du peuple au même moment, et relier ces niveaux prend du temps. Néanmoins, le retard de Moïse et la faute du peuple ont permis de mettre en évidence que l’élection par Dieu du peuple d’Israël n’était pas une élection humaine pouvant être remise en question mais une élection Divine qui a créée le peuple d’Israël comme peuple élu, telle une création divine éternelle immuable.

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