Rav Oury Cherki

Pourim, malgré tout

Le p’tit Hebdo, 11 Adar Bet 5763



Le rouleau d'Esther débute mal: Ce fut au temps (vayéh'i bimé) d'Assuérus. Le temps est aux mains du roi de Perse. Israël est asservi aux nations, c'est l'exil. Au cours du récit nous apprenons que ça va encore plus mal, le projet d'anéantissement des juifs, puis, le retournement: le danger est écarté mais au lieu que cela aille, pire, nous revenons seulement à l'état antérieur, celui de l'exil. Il semblerait donc légitime de considerer que la réjouissance de Pourim n'a de sens qu'en temps d'exil et qu'une fois le retour en Eretz Israël accompli, cette fête exilique disparaitra. Le Natziv de Volozhin dans une note sur Pourim (en appendice sur son commentaire de Chemot) interprète un des verset d'Esther comme une réponse à cette interrogation "Ces jours de Pourim ne cesseront jamais d'être célébrés par les juifs, leur souvenir ne disparaמtra pas de leur descendance" (Esther IX, 28). En effet, le terme de juif désigne l'hébreu en exil, dénué d'existence politique, qui est réduit à bénéficier des bonnes grâces des nations. Par contre "leur descendance" désigne l'hébreu redevenu Israël. L'intention du texte biblique est précisement de mettre en évidence le fait que l'événement de Pourim ne se réduit pas à un simple sauvetage en temps de servitude - qui ne concernerait que le juif exilique - mais qu'il s'est alors manifestée une dimension de l'histoire d'Israël qui depasse les modalités Exil-Libération, celle de l'éternité (Netsah') d'Israël, qui concerne les hébreux au cours de toute l'histoire.

Il est remarquable que la manière dont se déroulent les évenements de la méguila, implique une longue série de coïncidences où l'on devine aisément l'intervention de la Providence, non pas à travers un bouleversement des lois naturelles, mais à travers le hasard. Il y a là une innovation dans le mode habituel de la pensée religieuse. Il est commun de considerer le hasard comme l'ennemi de la Providence. En fait, le contraire est vrai; c'est là ou les lois de la nature laissent une certaine marge de "jeu", là où le hasard est possible, que   l'intervention providentielle est elle aussi possible. Nous rencontrons là la valeur intrinsèque du "jeu de hasard" (Pour), validé par la Thora lors du culte de Kippour (Goral), comme mode privilégié d'intervention de D-ieu dans l'Histoire. En ce sens la "méguila" justifie pleinement son double sens hébraïque de "déroulement" et de "révélation".

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