Rav Oury Cherki

Ekev – Par mérite ou non??

Publié sur le site du Centre Noachide Mondial.



La conquête d’Eretz Israël ne dépend pas du mérite de ses conquérants. C’est ce que nous lisons cette semaine: « Non, ce n’est pas à ton mérite ni à la droiture de ton cœur que tu devras la conquête de leur pays » (Deut. 9, 5). Mais s’il en était vraiment ainsi, elle ne devrait pas non plus dépendre de la perversité de ses précédents habitants. Car si le critère n’est pas le comportement, la méchanceté n’est ni un avantage ni un inconvénient. Alors pourquoi est-il dit dans le même verset: « c’est pour leur iniquité que l’Éternel, ton Dieu, dépossède ces peuples à ton profit » ? L’argument « et aussi pour accomplir la parole qu’il a jurée à tes pères, à Abraham, à Isaac et à Jacob » n’est pas non plus très clair. Si les patriarches étaient justes, et que c’est pour cette raison que la terre leur a été promise, se pourrait-il qu’il ne soit pas exigé de leurs descendants un minimum de droiture pour réaliser cette promesse ?

Pour comprendre cela il faut distinguer entre deux éléments : l’entrée en Eretz Israël et la permanence de la présence sur elle.

L’entrée ne dépend pas de mérites. Mais pour continuer d’y habiter il faut être juste.

Cela explique pourquoi l’immoralité des peuples y habitant joue un rôle crucial dans la conquête de la terre.

Mais si l’entrée ne dépend pas des mérites, de quoi dépend-elle ? Sur quoi repose la promesse aux patriarches?

La réponse nous est donnée par le prophète Jérémie (27, 5) : « C’est Moi qui ai créé la terre […] et Je l’ai donnée à qui était droit à Mes yeux ». Elle est aussi rapportée par le commentaire célèbre de Rachi sur le premier verset de la Thora : « Toute la terre appartient au Saint béni soit-Il. C’est Lui qui l’a créée et Il l’a donnée à qui était droit à Ses yeux ». Nous voyons là deux principes :

a) le critère est moral : « droit »

b) « aux yeux de l’Eternel » et non ce qui a l’air « droit » à première vue.

Un peuple à la nuque raide

Cette droiture est intérieure et diffère de « ton mérite et la droiture de ton cœur » telle qu’elle est habituellement comprise. Il s’agit d’une droiture de toute la personnalité, caractéristique des conquérants de la terre et de la génération de la création de l’Etat d’Israël qui, bien que « peuple à la nuque raide », mérite malgré tout que se réalise en lui la promesse des ancêtres.

D’après le Maharal de Prague, la nuque raide est un trait de caractère positif, d’adhérence à la vérité et la justice. Celui qui a la nuque raide n’est pas prêt à changer son mode de vie à moins d’avoir une vision claire, intellectuelle et morale de devoir changer. C’est pour cette raison qu’il n’est pas facile pour une telle personne de faire Techouva. Mais lorsqu’elle le fait, sa Techouva est solide.

Une droiture absolue

La droiture de l’âme, ce que nous appelons la « segoula », la caractéristique du peuple d’Israël, est une caractéristique ancrée dans l’âme d’exigence absolue que le monde soit régi par la justice. Cette exigence trouve son expression dans l’abnégation des soldats participants aux guerres d’Israël, qui mettent à l’épreuve notre éthique affichée au combat face aux valeurs partielles de l’éthique chrétienne et islamique. Contrairement à elles, notre morale est fondée sur l’unité des valeurs de justice et de bonté, ce qui est l’héritage de nos patriarches : «la voie de l’Éternel, en pratiquant la vertu et la justice; afin que l’Éternel accomplisse sur Abraham ce qu’Il a déclaré à son égard» (Gen. 18, 19).

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