Rav Oury Cherki

Choftim – Pourquoi deux livres?

Publié sur le site du Centre Noachide Mondial.



Le roi, en plus de chaque hébreu (selon Maïmonide et le Choul’han Arou’h), a le commandement d’écrire un second livre de Thora : « Or, quand il occupera le siège royal, il écrira pour son usage, dans un livre, une copie de cette doctrine, de devant les prêtres descendants de Lévi » (Deut. 17, 18).

Si l’intention était qu’il le lise deux fois, il aurait pu se contenter d’un seul livre. Nous devons donc supposer que les deux remplissent des fonctions différentes, qui ne pourraient être remplies avec un seul.

Individuel et collectif

La première fonction, identique à la fonction du livre de Thora de chaque membre du peuple d’Israël, relie l’homme à la Loi, c’est-à-dire à ce que l’Eternel exige de lui en tant qu’individu. Pour savoir ce que l’Eternel exige qu’il fasse, l’individu se tourne vers les cohanim (prêtres) et lévites, et de nos jours vers les rabbins, pour qu’ils interprètent l’Ecriture selon la Loi Orale.

Le second livre, quant à lui, vient enseigner au roi sa fonction collective, les fondements par lesquels il doit diriger son Etat. Ce livre, il l’écrit « de devant les prêtres descendants de Lévi ». La différence entre la lecture individuelle – législative – et la lecture collective – étatique – est mise en relief dans l’épisode d’Amatsia roi de Judée (Rois II 14, 6 et Chron. II 25, 4), qui n’a pas lu le verset « les pères ne mourront pas à cause des enfants » (Deut. 24, 16) selon la lecture législative proposée par le Talmud (Sanhédrin 27, 2), qui l’interprète comme l’interdiction de témoignage des proches, mais comme injection au roi de ne pas condamner à mort les proches de ceux qui se révoltent contre le roi.

D’une certaine manière, le roi recherche dans son livre l’engendrement de sa royauté, comme il peut être sous-entendu selon l’interprétation ‘hassidique du verset « il [le livre de Thora] restera avec lui [le roi] et il y lira tous les jours de sa vie » (Deut. 17, 19) – le roi retrouve dans ce livre « tous les jours de sa vie ». Selon ce raisonnement, la royauté tend à poursuivre l’Histoire biblique à travers les actions de son royaume, touchant la collectivité, plus que ce qu’elle touche au comportement religieux individuel de ses sujets.

Deux formes de crainte divine

Ce comportement du roi est appelé dans la Thora la « crainte de l’Eternel » : « pour qu’il apprenne à craindre l’Eternel ton Dieu » (ibid.). De même, la lecture de la Thora du roi lors du rassemblement (« hakhel ») a pour but d’éveiller la crainte : « et ils craindront l’Eternel votre Dieu » (id. 31, 12).

Nous découvrons ici une dimension particulière de la crainte du Ciel. Alors que la crainte de Dieu est généralement perçue comme un mouvement de l’âme focalisé sur l’individu, sur la sainteté des actes individuels, ou sur l’entraide dans un acte de générosité individuelle, la Thora exige de nous que la crainte de l’Eternel se préoccupe de choses collectives – de l’Etat, et de la main de l’Eternel agissant à travers le politique.

Notre génération, qui vit le dévoilement de l’Eternel au travers de l’Etat d’Israël, a le mérite de vivre la crainte de l’Eternel originelle, celle qui s’est estompée lors de l’Exil, qui a pour sujet la direction divine des empires, et assigne un rôle universel au peuple d’Israël au sein de nombreux peuples.

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