Rav Oury Cherki

Lekh Lekha – Mon serviteur

Publié sur le site du Centre Noachide Mondial.



Il existe dans le judaïsme deux formes de service de l’Eternel: celle du serviteur et celle du fils.

 

Le serviteur et le fils

La première est un acte technique, qui n’a pour seule ambition que de s’acquitter de ses obligations. Le serviteur ne cherche pas à comprendre le sens des commandements qu’il accomplit, et tout se résume pour lui en la phrase: "quel est mon devoir et je l’accomplirai". Cette attitude se cherche des justifications religieuses, comme s’il était indécent de chercher à comprendre la sagesse à la base des commandements, et que le Saint béni soit-Il ne désire que des esclaves fidèles qui ne posent aucune question. Selon cette méthode, l’acceptation du joug divin diminue la stature de l’homme et réduit son ouverture d’esprit.

A l’inverse, l’intelligence de l’homme est partie active du service du fils. Le mot "Bèn", fils, est de la même racine que le mot "Bina", sagesse. D’un point de vue technique, il n’y a aucune différence entre les deux formes de service: ce que le serviteur fait pour son maître, le fils fait pour son père. La différence est que le fils a le droit de "fouiller dans les secrets de son père" (Zohar). Les secrets du père son ses pensées, la base de ses exigences.

 

Moïse Mon serviteur??

Or selon ce que nous avons dit, il n’est pas clair pourquoi les grands sages du peuple juif, dont Moïse, sont appelés "serviteurs de Dieu" ou "Mon serviteur". A plus forte raison pourquoi le peuple dans son ensemble est appelé ainsi, comme c’est le cas dans le chapitre d’Isaïe que nous lirons dans la Haftara ce Chabbat:

"Mais toi, Israël Mon serviteur, Jacob Mon élu" (Is. 41, 8).

 

La crainte, l’amour et la crainte

La réponse est qu’un fossé sépare le "serviteur" du "serviteur de Dieu". Le premier le fait par crainte, alors que le second a non seulement atteint le niveau du fils, qui sert Dieu par amour, mais son amour et sa compréhension sont tels qu’il désire se comporter comme un serviteur. Non pas par dédain de l’intellect, mais parce qu’il cherche à vivre ce qui dépasse les limites de l’entendement. C’est pourquoi la suite du verset dit "postérité d’Abraham qui m’aimait". Le verset nous indique que le surnom "Mon serviteur" est engendré par l’amour et non par la crainte. C’est ce qu’explique Maïmonide à la fin des lois de la Techouva: "On n’aime Dieu que par la connaissance qu’on a de Lui. Plus il Le connaîtra, plus il L’aimera. S’il Le connaît peu, peu, s’il Le connaît beaucoup, beaucoup. C’est pourquoi il doit se consacrer aux sagesses amenant la connaissance de Dieu".

 

Révolution des consciences

C’est parce que nous connaissons Dieu que nous sommes délivrés de l’exil: "n’aies crainte, ver de Jacob" – c’est-à-dire ne sert pas l’Eternel par crainte – "C’est Moi qui te prête secours, dit le Seigneur, le Saint d’Israël est ton libérateur" (idem, 14).

C’est là la base de l’enseignement du rav Kook, à savoir que la Délivrance politique d’Israël a pour but d’amener une révolution des consciences au sein du peuple, à travers l’établissement d’une foi fondée sur un intellect pur, libéré de toute peur qui détruit les forces spirituelles. C’est un appel d’encouragement spirituel, à travers le rejet des formes réduites de la connaissance qui assombrissent la majesté de la foi, un appel à approfondir les connaissances de la foi d’Israël et de l’humanité.

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