Rav Oury Cherki

Jethro (Haftara) – Question à Isaïe

Publié sur le site du Centre Noachide Mondial.



Dans la Haftara que nous lirons ce Chabbat (Isaïe 6) apparaît l’une des phrases les plus surprenantes des prophètes : «L’année de la mort du roi Ouzia, je vis le Seigneur siégeant sur un trône élevé et majestueux, et les pans de Son vêtement remplissaient le temple» (Isaïe 6, 1). Comment peut-on parler de voir Dieu, même s’il s’agit d’une métaphore? Même les métaphores sont soumises à des lois, restreignant ce qui peut être dit, et sont tenues de respecter le verset : «car nul homme ne peut me voir et vivre» (Ex. 33, 20).

Nos sages racontent (TB Yebamot 49b) que le roi Menassé s’est adressé à Isaïe afin que celui-ci lui explique ses dires : « Il lui dit : Moïse ton maître a dit que « nul homme ne peut me voir et vivre », or tu dis « je vis le Seigneur siégeant sur un trône élevé et majestueux » ! Isaïe ne voulut répondre à Menassé, car sa question était destinée à railler et non à comprendre. Mais à nous, qu’aurait répondu Isaïe ? Nous pouvons assurément apporter des réponses philosophiques convaincantes, comme le fait qu’il existe des différences entre les niveaux de dévoilement, entre les différents Noms du divin, entre la face et l’arrière (Ex. 33, 22), etc. Mais il semble que ces distinctions n’ont guere préoccupé les prophètes. A contrario, il est plus vraisemblable que la prophétie étant une expérience vécue, les prophètes ne ressentaient pas le besoin de l’expliquer en termes abstraits. Si nous pouvions demander au prophète Isaïe si, lorsqu’il dit avoir vu le Seigneur, son intention était en essence ou en existence, en noumène ou en phénomène, est-ce qu’il innovait une nouvelle catégorie de la connaissance, etc. sa réponse aurait été tout simplement : « j’ai vu le Seigneur », sans ressentir le besoin d’expliquer en quoi ce n’est pas une matérialisation de Dieu.

Selon ce principe nous pouvons également expliquer pourquoi rabbi Yéhouda Halévi, dans le Kouzari, divise le débat sur les Noms de Dieu dans deux chapitres différents, le second et le quatrième. Dans le second, le débat sur les Noms est porté entièrement sur le plan philosophique, décrivant la période post-prophétique, après que la Providence ait cessé de se révéler. Dans la quatrième chapitre, le débat adopte le lexique des prophètes ayant expérimenté le dévoilement. La tournure est dès lors positive en présence de Noms de Dieu, découlant tous du Tétragramme.

Malgré le fossé mental nous empêchant de comprendre son essence, la prophétie (Isaïe 6, 3) nous a tout de même transmis une information importante : cette divinité détachée de toute autre créature, déclarée par les séraphins « Saint, Saint, Saint », signifiant séparé à l’extrême (comme l’explique rabbi Yéhouda Halévi qu’Isaïe a entendu le mot « Saint » sans fin), est elle-même celle qui « emplit la terre de sa gloire », proche de l’homme, qui ne l’abandonne pas, mais au contraire veille sur tous ses faits et gestes et répond à ses prières.

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