Rav Oury Cherki

Kora’h (Haftara) – Avec ou sans roi?

Publié sur le site du Centre Noachide Mondial.



Il existe chez toute personne priant pour l’établissement de la royauté divine une certaine réticence envers toute forme de gouvernement.

Samuel demande à ce que le statut du roi soit renforcé: « Alors Samuel dit au peuple: « Venez, allons à Ghilgal, pour y consacrer de nouveau la royauté » » (Sam. I 11, 14). Il semble ainsi que Samuel se soit résolu à la volonté du peuple d’installer un roi à sa tête, malgré son désaccord la première fois que le peuple émit cette requête (id. 8, 6).

Pour cette raison, ses remontrances au peuple précisément au moment où il soutient Saul et l’appelle « élu de l’Eternel » (id. 12, 3) sont d’autant plus étonnantes. Ses remontrances, accompagnées du miracle du tonnerre et de la pluie à la saison des récoltes, entraîne le peuple à déclarer: « pour avoir, à tous nos péchés, ajouté le tort de demander un roi! » (id. 12, 19).

Il semble que l’intention du prophète Samuel était d’établir la juste relation envers le pouvoir.

Il existe chez toute personne priant pour l’établissement de la royauté divine une certaine réticence envers toute forme de gouvernement.

Le Rabbi de Satmar, le rav Yoël Teitelbaum, exprima cette réticence avec ardeur, déclarant que toute entité gouvernementale, même religieuse, avant la venue du messie, était une rébellion contre la royauté divine.

Ses propos ne font certes pas législation (halakha) concernant l’Etat d’Israël, pour la raison simple que l’un des 613 commandements est l’établissement de l’Etat d’Israël (selon Nahmanide, dans ses ajouts au livre des commandements de Maïmonide, 4e commandement positif), ce n’est donc pas un pêché mais bien un commandement, mais son approche contient une étincelle de vérité. Cette étincelle est que nous avons le devoir de nous assurer que le gouvernement ne soit pas une barrière au dévoilement de la royauté divine, mais au contraire qu’il en soit le reflet.

A travers cet événement se précise également le rôle que doit tenir le prophète vis-à-vis du roi, à savoir: prier. « Et tout le peuple dit à Samuel: « Intercède pour tes serviteurs auprès de l’Eternel, ton Dieu, afin que nous ne mourions pas » (id. 12, 19). La prière n’est pas perçue par le peuple comme une inspiration, uniquement comme l’expression de sentiments religieux. Elle est perçue comme une prérogative particulière du prophète.

Etant donné qu’il est celui qui connaît l’Eternel, c’est à lui qu’incombe la responsabilité d’intercéder envers Lui, et sa prière sera exaucée.

Cette approche diffère de l’enseignement religieux traditionnel, où le maitre incite ses élèves à participer avec lui à la prière. Le prophète Samuel comprend, quant à lui, qu’étant donné qu’il est le prophète, c’est précisément à lui de prier. Cette approche renforce le lien avec l’Eternel, particulièrement dans une société où le corps gouvernemental entrave le contact direct avec le divin.

Le prophète ne peut certes pas remplacer le roi, mais c’est par son mérite que la royauté peut exister. La présence de prophètes dans le palais du roi est un élément régulateur qui permet d’équilibrer la voie du roi.

Même à une époque où la prophétie a quitté Israël, et même lorsque le corps gouvernemental était réduit aux responsables communautaires, la Halakha établit qu’il est nécessaire que leurs décisions soient approuvées par une « personne importante » afin de leur donner une légitimité. Nous voyons là aussi que c’est l’autorité éthique qui fait vivre l’autorité politique.

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