Rav Oury Cherki

Balak (Haftara) – Ethique des prophètes

Publié sur le site du Centre Noachide Mondial.



Les critiques prétendent fréquemment que les prophètes n’ont cherché qu’à orienter leur génération à la moralité, mais rejetaient les actes rituels. Leur preuve, déjà relevée et réfutée par rabbi Yéhouda Halévi, auteur du Kouzari (2e partie, §47), provient des versets de notre Haftara: « Le Seigneur prendra-t-il plaisir à des hécatombes de béliers, à des torrents d’huile par myriades? Donnerai-je mon premier-né pour ma faute, le fruit de mes entrailles comme rançon expiatoire de ma vie? Homme, on t’a dit ce qui est bien, ce que le Seigneur demande de toi: rien que de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu! » (Michée 6, 7-8).

Ce à quoi rabbi Yéhouda Lévi répond que les prophètes s’adressaient à une société qui ne s’acquittait point de ses devoirs moraux. Pour une telle société, il serait dérisoire de s’occuper d’actes de sainteté élevée. C’est à ce sujet qu’est dit: « Le sacrifice des impies est une abomination » (Proverbes (21, 27). Ce n’est pas le cas de celui qui a déjà atteint un niveau moral minimal, pour qui les sacrifices sont bienvenus: « Ils montent sur Mon autel en sacrifice agréable, et ainsi Je glorifierai Ma glorieuse maison » (Isaïe 60, 7).

Nous comprenons dès lors le rapprochement entre la critique des sacrifices et le rappel de l’épisode de Balaam et Balak: « O Mon peuple! Rappelle-toi seulement ce que méditait Balak, roi de Moab, et ce que lui répondit Balaam, fils de Beor; de Chittîm à Ghilgal, tu as pu connaître les bontés de l’Eternel! » (Michée 6, 5). Balaam et Balak pensaient que les sacrifices étaient agréables en tant que tels quand bien même ils servaient une cause abominable comme l’éradication du peuple d’Israël, ce pourquoi ils multiplièrent les sacrifices. Ce qui fut révélé alors est que c’est la tendance morale portée par Israël qui dicte la direction des actions de la providence divine.

Les valeurs agissant sur l’Histoire par l’intermédiaire du peuple d’Israël, justifiant son existence éternelle, ne dépendent pas du respect dévoilé qui leur est porté par le peuple d’Israël. Bien au contraire, il peut parfois sembler au simple observateur que le peuple d’Israël ne se conforme pas aux standards de la morale universelle. Mais une observation plus générale, portant son regard du haut des montagnes, « oui, je le vois de la cime des rochers », sait affirmer « qu’elles sont belles tes tentes, ô Jacob! Tes demeures, ô Israël! », même à un moment où le peuple d’Israël se situe aux Chittîm préoccupé par des vanités. Il semble que c’est ce que le prophète a insinué, lorsqu’il dit: « de Chittîm à Ghilgal », soit en tout temps, que le peuple soit aux profondeurs morales aux Chittîm, ou qu’il soit occupé par le service du Tabernacle à Ghilgal.

Les valeurs que transmet le peuple d’Israël au monde sont avant tout « de pratiquer la justice », c’est-à-dire la précédence de l’exigence de justice, comme condition nécessaire à une période de charité. C’est ainsi que procède le peuple d’Israël dans ses guerres, destinées à reprendre notre terre des mains de ses prédateurs, et venger le sang des opprimés. Ce n’est que comme ça que l’on peut parvenir à « aimer la bonté », soit désirer le bien de toute créature. Enfin, « marcher humblement avec ton Dieu » exprime le rôle supérieur, de faire partie de ceux qui établissent le lien entre le monde et le divin. La connaissance de secrets occultés de l’humanité, héritage particulier au peuple d’Israël, est ce qui en fait le canal du dévoilement au monde entier.

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