Rav Oury Cherki

Houkat - Le passage

Tammouz 5782



Entre les récits de la paracha de la semaine dernière – Kora'h – et ceux de la nôtre – 'houkat - s'écoulent 38 ans de pérégrinations dans le désert. Le passage de la génération qui a vécu la libération de la servitude à celle qui doit réaliser la promesse du Retour en entrant en Erets-Israël, implique une transformation profonde de l'identité du peuple. On s'attendrait peut-être à ce qu'il soit nécessaire de passer par une épreuve spirituelle pour entrer en Terre Sainte. Si cela avait été le cas, ça aurait ajouté de l'eau au moulin du mythe selon lequel l'Alya nécessite une "préparation" religieuse. Or, il n'en est rien. Tout commence par la confrontation politique avec le roi d'Edom, puis avec le roi d'Arad, puis la conquête du territoire des rois Sihon et Og. La confrontation spirituelle avec les nations sera le cadre de la prochaine paracha face au prophète Bileam, en réaction à la victoire militaire des enfants d'Israël. Il ressort que l'entrée d'Israël en politique est en soi l'occasion de l'ascension spirituelle. L'Alya est donc en soi un événement spirituel.

Ce que la Thora met en évidence, c'est tout d'abord les contingences de la conquête, c'est-à- dire l'éventualité de la chute au combat, qui implique l'impureté de la mort : "si l'on touche sur la face du sol un mort par l'épée" (Bamidbar 19, 16). C'est la raison pour laquelle les lois de la purification de l'impureté des morts par le biais de la vache rousse ont été mentionnées précisément au début de notre paracha.

L'épisode du serpent d'airain, qui donne la vie à ceux qui sont victimes des morsures de serpent, est un encouragement à ne pas perdre l'espoir lors de la conquête et de mettre sa confiance en Dieu.

Encore plus étonnant : alors que le peuple a besoin plus que jamais d'être dirigé par ses maitres lors de l'entreprise de la conquête de Canaan, c'est là que ses dirigeants du temps du désert le quittent. A commencer par Miryam, puis l'annonce faite à Moché et Aaron de leur inaptitude à amener le peuple sur sa terre, à la suite de l'épisode du rocher de Meriva. Le décès d'Aaron aussi est relaté dans notre paracha. Et bien que Moché continue à diriger le peuple, son nom est comme effacé, lors du cantique du puits : "alors Israël chanta" (21, 17), contrairement au cantique de la mer Rouge, où il est dit : "Alors Moche chanta et après lui, les enfants d'Israël" (Chemot 15, 1). C'est donc que la réalisation du Retour exige une nouvelle sorte de dirigeants.

L'histoire du peuple d'Israël n'est pas livrée au hasard. Le changement de direction est, lui aussi, providentiel.