Rav Oury Cherki

Hayey Sarah - Transaction immobilière

Mar'hechvan 5786



Abraham demande à acquérir un terrain chez les fils de ‘Heth, pour être citoyen du pays. Pour cela, il leur présente son trait commun avec eux : "je suis à la fois étranger et citoyen ". D’un côté étranger dans ce monde, de par son âme, de l’autre côté résident, par son corps. En cela il est comme eux, comme il dit : "avec vous". Cette vision double de la condition humaine, n’est pas acceptée par les fils de ‘Heth. Ils prétendent que le monde est divisé entre des personnes spirituelles et d’autres matérielles. Selon eux, Abraham est "un dignitaire de Dieu", alors qu’ils ne sont que "le peuple de la terre", et de ce fait refusent de lui accorder une tombe, qui ferait d’Abraham un résident de la terre. Ils lui accordent seulement de faire usage de leur cimetière, sans acquisition.

Abraham trouve un soutien chez d’Éfron fils de Ço’har, conscient de la capacité d’Abraham de relever l’humanité de sa chute. Son nom témoigne de sa connaissance de la pureté de l’homme (Ça’hor) à l'origine, avant de devenir terrestre (Afar). Il espère qu’Abraham élèvera l’humanité, en se liant avec le lieu où est enterré le Premier Homme.

Une caverne ne sert pas à l’agriculture, elle sert à enterrer. Un champ, à l’inverse, sert a priori à l’agriculture et exceptionnellement à enterrer. Abraham ne demande à acquérir que la caverne, afin qu’il soit clair que c’est une tombe, ce qui lui procurerait, selon les lois antiques, des droits de citoyenneté permanents. Éfron l’avertit que les fils de ‘Heth ne laisseront pas se dérouler une telle transaction, c’est pourquoi il lui propose d’acquérir son champ, dont la caverne fait partie. Dans ce cas, cela permettrait aux fils de ‘Heth de prétendre que ce n’est pas une tombe officielle mais un terrain agricole servant exceptionnellement de tombeau.

Une solution géniale est proposée par Éfron. Une terre est achetée soit par une transaction d'argent ou par un acte de prise de possession. Si le champ est acheté en échange d’argent, les enfants de ‘Heth prétendront que c’est une terre agricole. Mais s’il est acheté par un acte de possession, la caractéristique du terrain sera établie par l’usage qui en est fait : si c'est La plantation d'arbres, c’est un terrain agricole ; si un défunt y est enterré, c’est une sépulture. "Aux yeux des enfants de ‘Heth" l’argent est mis en évidence, ce qui les convainc que c’est la transaction monétaire qui a servi à l’acquisition. Mais Éfron laisse entendre à Abraham – "écoute-moi"– que l’argent ne représente rien à leurs yeux : "qu’est-ce que cela entre nous deux" et contrairement aux enfants de ‘Heth, il est clair pour eux que ce qui conclura l’achat est : "Enterres-y ton mort".

"Abraham écouta Éfron". Abraham suivit son conseil. Le résultat fut une double interprétation de la transaction : "Ainsi fut dévolu le champ d'Éfron situé à Makpéla... ce champ, avec sa caverne, avec les arbres", mettant l’accent sur le caractère agricole, "à Abraham, comme acquisition, aux yeux des fils de ‘Heth". Mais d’autre part : "Alors Abraham ensevelit Sara, son épouse, dans le caveau du champ de Makpéla, en face de Mamré", ce n’est qu’alors que "Le champ, avec la caverne qui s'y trouve, fut ainsi adjugé à Abraham, comme possession tumulaire, par les fils de Heth".