Rav Oury Cherki
Vayakhel-Pekoudei - Conclusion de la Genèse
Adar 5786
Dans la répétition du mot Michkan - "Telle est la distribution du tabernacle, tabernacle du témoignage" (Ex 38, 21) - nos sages ont vu une allusion au fait que le sanctuaire serait détruit suites aux fautes des Enfants d’Israël. Le dévoilement de la Providence divine dans le monde est instable et ne peut s’étendre sur toute la durée de l’Histoire. La raison à cela est que le sanctuaire est le lieu de dévoilement dans un monde fini de la Providence qui est infinie. La présence même de l'Infini dans le monde naturel ressemble à la présence d’un corps étranger contre lequel se révolte la nature, qui le rejette. Ainsi, tant que l’Histoire est gérée par les lois de la nature, chaque Temple est voué à la destruction. Ce, jusqu’à ce que soit construit le troisième Temple,en un temps où la nature et le Temple seront en harmonie. Alors, le monde s’élèvera jusqu’à devenir lui-même un Temple.
Lorsque la sainteté s’étend dans le monde, le Temple ne peut plus être détruit.
Notre Paracha contient l’expression "ainsi que l'Éternel l'avait prescrit à Moïse" dix-huit fois. Ce nombre fait allusion à la manière dont le Temple complète la Création. Neuf fois apparait dans le récit de la création du monde l’expression "Dieu dit". Il est vrai que le monde a été créé par dix Paroles (Avot 5,1), mais la première Parole, Béréchit, est dite fermée. La créature n’en perçoit que neuf.Or "les actions des justes (le temple – Rachi) dépassent celles de la Création du ciel et de la terre, car au sujet de la Création il est dit "C'est Ma main qui a fondé la terre, Ma droite qui a étendu les cieux" (Isaïe 58,13) - alors que du Temple il est dit: "Sanctuaire, établi par Tes (deux) mains" (Ex. 15) (Kétoubot 5a). Le Temple est le lieu de rencontre de la main qui a créé le Ciel et celle qui a créé la Terre, permettant de dévoiler l’Unité du monde. Pour cette raison les Paroles sont doubles. 18 fois "tel que Dieu l’a ordonné à Moïse".
En principe, à l’instant où le projet de la Création a été achevé par la construction du Tabernacle, la Thora aurait dû se conclure. Notre section se termine presque par les mêmes mots concluant le Deutéronome : "aux yeux de toute la maison d’Israël" (Ex. 40,38). La Thora pouvait déjà se terminer, car la Providence divine réside dans notre monde. Mais il y a un ajout : "dans tous leurs déplacements". Du fait que le Sanctuaire n’est pas à sa place, en Terre d’Israël, l’unité entre le dévoilement de la Providence et son lieu idéal, le mont Moria, est imparfaite. Elle ne sera manifeste pleinement qu'a Jerusalem.