Rav Oury Cherki

Le couple

Transcription de la leçon (pas encore vérifié par le Rav). Publié sur le site du Centre Noachide Mondial



Comment est-ce que la vie à deux est entendue par la tradition juive, qu'est-ce qui la différencie d'autres cultures ?

 

Sainteté de la vie conjugale

Avant tout, il est important de rappeler que la relation de couple est considérée comme chose sainte dans la tradition juive. Nous le savons du fait que la première parole de Dieu adressée aux hommes a justement été « croissez et multipliez » (Gen.I,28). Cela entraîne le judaïsme à une considération positive envers tout ce qui a trait à la vie conjugale et la sexualité. Néanmoins, étant donné la grande puissance de vie dans la conjugalité, les dangers de déviation liés à ce mode positif de cette vie de couple peuvent être très graves. D'où la disqualification de nombreuses déviations possibles dont l'homosexualité ou l'animalité. Toutefois, de manière générale, la vie conjugale est considérée comme sainte puisque c'est elle qui donne la vie, et l'optimisme du judaïsme ne peut considérer ce qui amène la vie comme quelque chose de négatif ou de péjoratif.

 

Le couple dans la Genèse – 1e étape: mâle et femelle

Il est intéressant de se pencher sur la façon dont la Thora présente cette relation, et son évolution à travers le récit de la Bible. En effet, cette relation apparaît tout d'abord sous la forme du premier couple, זכר ונקבה (zah'ar ounekeva, male et femelle, Genèse I, 27). La tradition midrachique représente le premier homme à l'aide d'une métaphore à la fois mâle et femelle. L'idée sous-entendue est que l'homme et sa femme, la femme et son homme, existent dès le départ, et tous deux sont faits pour être ensemble. La seule difficulté, toujours selon cette image, est qu'ils étaient collés dos à dos. Il leur manquait la possibilité de dialoguer, la possibilité de se parler véritablement face à face.

 

2e étape: homme et femme

Vient ensuite le récit célèbre de l'homme endormi (id, II, 21-25). Rappelons-nous toutefois que, selon la tradition d'Israël, ce n'est pas un masculin qui est endormi mais un couple, comme nous l'avons vu ci-dessus. Un seul être humain fait à la fois mâle et femelle. De plus, le צלע (tsela) qui est retiré à cet être est un côté et non une côte. Cet être a donc été séparé en deux. Ce n'est qu'une fois séparé qu'il aurait pris conscience de sa dualité et s'est appelé non plus mâle et femelle mais איש ואשה (ich véicha, homme et femme).
 

Remarquons ici une particularité extraordinaire de l'hébreu: le mot désignant la femme, icha, est le féminin grammatical du mot ich, l'homme. Si cela paraît une banalité, c'est une exclusivité de la langue hébraïque. Aucune autre langue au monde ne consacre le féminin grammatical de l'homme pour la femme. Cette particularité porte le message que, selon la tradition d'Israël, l'homme et la femme se complètent. Tant qu'il n'y a pas homme et femme il n'y a pas véritablement d'humanité.
 

Or, si tel est le cas, comment comprendre que juste après l'apparition de cette relation homme-femme intervient dans la Bible le péché, la faute bien connue du fruit défendu (id, III, 1-6)? La raison de ce péché est simple. C'est toujours l'absence de dialogue entre l'homme et la femme qui en est la cause. Si l'homme et la femme avaient pu parler entre eux, jamais ils ne seraient tombés là où ils sont tombés. Ils auraient discuté et auraient résolu le problème entre eux, laissant le serpent hors de la scène. La relation homme-femme est problématique parce qu'elle est entachée par l'absence de dialogue. Elle est par définition impersonnelle. Aucun homme ne peut appeler sa femme « femme ». Le couple parfait est l'alliance de deux personnes, deux identités, deux porteurs de noms.

 

Adam et Eve

Ce n'est qu'après le début de réparation du péché que l'homme donne un nom à sa femme et va l'appeler en hébreu חוה (H'ava, Eve), et lui va s'appeler אדם (Adame, id, III, 20-21). Adam et Eve.

L'on voit ainsi que selon la Thora il existe trois types de relation, et tous sont présents dans chaque couple. Le premier type, la relation mâle-femelle, est biologique, commun aux hommes et aux animaux. Le second, la relation intellectuelle homme-femme, est particulier à l'humain. Mais dans la relation intellectuelle, l'on ne connaît l'autre que comme un objet. L'homme connaît sa femme comme un objet femme et la femme connaît son homme comme un objet homme. Ce n'est qu'au troisième stade qu'il y a une relation de personne à personne. D'une âme à une autre âme. Une identité s'adressant à une autre identité. Ce n'est qu'à partir de ce moment que le mariage est un véritable mariage. L'on peut en effet vivre officiellement mariés des années durant, avant de réaliser qu'il serait bon de se marier véritablement.
Si les trois relations sont légitimes, la plénitude de la relation homme et femme se fait lorsqu'il y a les trois niveaux à la fois: biologique, intellectuel et personnel au niveau de la néchama, de l'âme. Cependant, il peut aussi y avoir un hiatus au sein du couple. C'est le cas si lui est déjà arrivé au niveau homme mais qu'elle n'en est encore qu'au niveau femelle, ou, inversement, si elle serait arrivée au niveau Eve alors qu'il est encore mâle ou homme. 9 combinaisons différentes sont ainsi possibles. Il serait intéressant d'établir une psychologie de couple sur ces 9 schémas, en fonction de ce que chacun attend de sa relation de couple: une attente biologique, intellectuelle ou de personne à personne. Cette entreprise peut aboutir, si elle est bien menée, mais il faut éviter plusieurs erreurs.

 

1+1 = ... ?

La première erreur est mathématique. Souvent, les problèmes dans le couple proviennent d'une erreur de calcul sur la somme de un plus un. A cette question difficile nous obtenons généralement l'une des trois réponses: un, deux ou trois.
 

La plus superficielle et la plus fausse est la réponse des mathématiciens. Rien n'est plus absurde que de penser que lier une personne à une autre personne ferait deux, car alors qu'avons-nous gagné à cette opération? Si nous faisons l'effort de nous lier, c'est dans l'espoir de voir apparaître quelque chose de nouveau! Or selon cette opinion nous étions deux avant de nous joindre et nous sommes toujours deux après.
 

La seconde opinion est celle des romantiques, de Hollywood et toute la culture occidentale: un plus un font un. Les deux personnes vivent une fusion totale. Or, si cela était vrai, ce serait une catastrophe, car une personne au moins serait nécessairement sacrifiée!!! Si les célibataires aujourd'hui ont tellement peur de franchir le pas, c'est bien pour cette raison. La peur de perdre son identité à travers la relation avec l'autre, à travers la fusion avec une autre personne.
 

La bonne réponse est donc nécessairement la troisième, seule permettant une approche harmonieuse du mariage: un plus un font trois. Les deux conservent leur identité tout en ajoutant une « caisse commune », un point de relation commun aux deux individus permettant de créer l'unité tout en conservant l'identité. C'est peut-être pour cela que l'on a l'habitude, dans les mariages juifs, de placer les conjoints sous un dais nuptial. Le message est que même si chacun reste lui-même, quelque chose les enveloppe désormais. Ils sont faits pour être ensemble. Cet ajout peut même, par la suite, devenir la présence de Dieu parmi eux. En effet, le talmud nous dit que si l'homme et la femme ont du mérite, la présence de Dieu règne entre les deux. Non seulement sur eux mais même entre eux. C'est-à-dire que la relation que chacun entretien envers l'autre a pour fondement le désir d'alimenter cette présence divine dans la maison.

 

Les enfants - vecteurs d'éternité du couple

A cela s'ajoutent les enfants. Les enfants sont la réalisation de l'idéal d'éternité qui traverse le couple éphémère. Car d'un côté nous sommes éphémères sur cette terre mais, de l'autre côté, les générations éternelles passent à travers nous. Ainsi, quand la Thora nous dit que l'homme doit d'attacher à sa femme pour ne faire qu'une seule chair (id, II, 24), il est intéressant de voir que la tradition interprète l'expression « une seule chair » signifiant les enfants. C'est donc dans la projection vers l'avenir que se réalise l'unité du couple. C'est une manière de sortir de l'égoïsme. Il est nécessaire de garder son identité propre non pas pour recevoir quelque chose de l'autre, mais pour que nous puissions, moi et l'autre, travailler ensemble à la construction de l'avenir. C'est cela qui amène une émanation de vitalité éternelle à travers le couple selon la tradition d'Israël. D'où l'importance du mariage et le refus de la simple copulation par consentement. Le mariage appartient à l'établissement d'une étincelle d'éternité dans la vie des hommes. Voila la raison de la centralité du projet de la famille harmonieuse selon la tradition d'Israël.

 

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